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 Pierre Bourdieu, Lhabitus en sociologie entre objectivisme et subjectivisme

         
belkacem titi

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: 04/06/2010

: Pierre Bourdieu, Lhabitus en sociologie entre objectivisme et subjectivisme    21/8/2010, 7:02 pm

  1. [list]

  2. Lhabitus en sociologie entre objectivisme et subjectivisme

    Quand il conoit des hypothses envisageant pour les tester des explications et des comprhensions relatives aux reprsentations et aux pratiques des individus et des groupes, le sociologue de notre tradition sociologique se trouve entre deux grandes options de causalit : lobjectivisme et le subjectivisme. Dun ct lobjectivisme commande une vision du social o les penses et les actions des humains sont dtermines rgulirement par les conditions matrielles de leur vie, conditions antrieures eux et influant sur tout ce qui sera ultrieur eux en tant retraduites par del les spcificits des ractions humaines (les travaux dÉmile Durkheim sont autant dillustrations de cet objectivisme). De lautre ct se propose le subjectivisme o les reprsentations et les pratiques des individus doivent tre prises dans leur spontanit comme point de dpart pour saisir dune faon comprhensive le sens de linstitution et de lvolution des conditions matrielles de vie (les recherches de Max Weber tendent ainsi exemplifier ce subjectivisme).

    Toutefois, entre ces deux options, lopposition et lindpendance ne sont pas aussi fondamentales quon pourrait le prsupposer. En effet, entre la causalit externe de lobjectivisme et la comprhension interne du subjectivisme, Pierre Bourdieu, dans le texte suivant, attire notre rflexion sur les habitus, structures structures structurantes o les groupes humains sont forms par leurs conditions initiales et forment dans ce cadre leurs conditions ultrieures, entre conditionnement et libert. Ces habitus ainsi constituent les objets dun mode de pense sociologique qui peut runir et dpasser les positions partielles et partiales des deux prcdents modes dapproche.


    Bernard Dantier
    15 juillet 2004





    Pierre Bourdieu :

    extrait de

    Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Paris, Éditions de Minuit, 1980, extrait :


    Les conditionnements associs une classe particulire de conditions d'existence produisent des habitus, systmes de dispositions durables et transposables, structures structures prdisposes fonctionner comme structures structurantes, c'est--dire en tant que principes gnrateurs et organisateurs de pratiques et de reprsentations qui peuvent tre objectivement adaptes leur but sans supposer la vise consciente de fins et la matrise expresse des oprations ncessaires pour les atteindre, objectivement rgles et rgulires sans tre en rien le produit de l'obissance des rgles, et, tant tout cela, collectivement orchestres sans tre le produit de l'action organisatrice d'un chef d'orchestre.

    S'il n'est aucunement exclu que les rponses de l'habitus s'accompagnent d'un calcul stratgique tendant raliser sur le mode conscient l'opration que l'habitus ralise sur un autre mode, savoir une estimation des chances supposant la transformation de l'effet pass en objectif escompt, il reste qu'elles se dfinissent d'abord, en dehors de tout calcul, par rapport des potentialits objectives, immdiatement inscrites dans le prsent, choses faire ou ne pas faire, dire ou ne pas dire, par rapport un venir probable qui, l'oppos du futur comme possibilit absolue (), projete par le projet pur d'une libert ngative, se propose avec une urgence et une prtention exister excluant la dlibration. ()

    Si l'on observe rgulirement une corrlation trs troite entre les probabilits objectives scientifiquement construites (par exemple, les chances d'accs tel ou tel bien) et les esprances subjectives (les motivations et les besoins), ce n'est pas que les agents ajustent consciemment leurs aspirations une valuation exacte de leurs chances de russite, la faon d'un joueur qui rglerait son jeu en fonction d'une information parfaite sur ses chances de gain. En ralit, du fait que les dispositions durablement inculques par les possibilits et les impossibilits, les liberts et les ncessits, les facilits et les interdits qui sont inscrits dans les conditions objectives (et que la science apprhende travers des rgularits statistiques comme les probabilits objectivement attaches un groupe ou une classe) engendrent des dispositions objectivement compatibles avec ces conditions et en quelque sorte pradaptes leurs exigences, les pratiques les plus improbables se trouvent exclues, avant tout examen, au titre d'impensable, par cette sorte de soumission immdiate l'ordre qui incline faire de ncessit vertu, cest--dire refuser le refus et vouloir l'invitable. Les conditions mmes de la production de l'habitus, ncessit faite vertu, font que les anticipations qu'il engendre tendent ignorer la restriction laquelle est subordonne la validit de tout calcul des probabilits, savoir que les conditions de l'exprience n'aient pas t modifies: la diffrence des estimations savantes qui se corrigent aprs chaque exprience selon des rgles rigoureuses de calcul, les anticipations de l'habitus, sortes d'hypothses pratiques fondes sur l'exprience passe, confrent un poids dmesur aux premires expriences ()

    Produit de l'histoire, l'habitus produit des pratiques, individuelles et collectives, donc de l'histoire, conformment aux schmes engendrs par l'histoire; il assure la prsence active des expriences passes qui, dposes en chaque organisme sous la forme de schmes de perception, de pense et d'action, tendent, plus srement que toutes les rgles formelles et toutes les normes explicites, garantir la conformit des pratiques et leur constance travers le temps. Pass qui survit dans l'actuel et qui tend se perptuer dans l'avenir en s'actualisant dans des pratiques structures selon ses principes, loi intrieure travers laquelle s'exerce continment la loi de ncessits externes irrductibles aux contraintes immdiates de la conjoncture, le systme des dispositions est au principe de la continuit et de la rgularit que l'objectivisme accorde aux pratiques sociales sans pouvoir en rendre raison et aussi des transformations rgles dont ne peuvent rendre compte ni les dterminismes extrinsques et instantans d'un sociologisme mcaniste ni la dtermination purement intrieure mais galement ponctuelle du subjectivisme spontaniste. Échappant l'alternative des forces inscrites dans l'tat antrieur du systme, l'extrieur des corps, et des forces intrieures, motivations surgies, dans l'instant, de la dcision libre, les dispositions intrieures, intriorisation de l'extriorit, permettent aux forces extrieures de s'exercer, mais selon la logique spcifique des organismes dans lesquels elles sont incorpores, c'est--dire de manire durable, systmatique et non mcanique: systme acquis de schmes gnrateurs, l'habitus rend possible la production libre de toutes les penses, toutes les perceptions et toutes les actions inscrites dans les limites inhrentes aux conditions particulires de sa production, et de celles-l seulement. À travers lui, la structure dont il est le produit gouverne la pratique, non selon les voies d'un dterminisme mcanique, mais au travers des contraintes et des limites originairement assignes ses inventions.

    [] Bref, tant le produit d'une classe dtermine de rgularits objectives, l'habitus tend engendrer toutes les conduites raisonnables, de sens commun, qui sont possibles dans les limites de ces rgularits, et celles-l seulement, et qui ont toutes les chances d'tre positivement sanctionnes parce qu'elles sont objectivement ajustes la logique caractristique d'un champ dtermin, dont elles anticipent l'avenir objectif ; il tend du mme coup exclure sans violence, sans art, sans argument, toutes les folies (ce n'est pas pour nous), c'est--dire toutes les conduites voues tre ngativement sanctionnes parce qu'incompatibles avec les conditions objectives.

    Parce qu'elles tendent reproduire les rgularits immanentes aux conditions dans lesquelles a t produit leur principe gnrateur tout en s'ajustant aux exigences inscrites titre de potentialit objective dans la situation telle que la dfinissent les structures cognitives et motivatrices qui sont constitutives de l'habitus, les pratiques ne se laissent dduire ni des conditions prsentes qui peuvent paratre les avoir suscites ni des conditions passes qui ont produit l'habitus, principe durable de leur production. On ne peut donc en rendre raison qu' condition de mettre en rapport les conditions sociales dans lesquelles s'est constitu l'habitus qui les a engendres et les conditions sociales dans lesquelles il est mis en uvre, c'est--dire condition d'oprer par le travail scientifique la mise en relation de ces deux tats du monde social que l'habitus effectue, en l'occultant, dans et par la pratique. () Histoire incorpore, faite nature, et par l oublie en tant que telle, l'habitus est la prsence agissante de tout le pass dont il est le produit : partant, il est ce qui confre aux pratiques leur indpendance relative par rapport aux dterminations extrieures du prsent immdiat. Cette autonomie est celle du pass agi et agissant qui, fonctionnant comme capital accumul, produit de l'histoire partir de l'histoire et assure ainsi la permanence dans le changement qui fait l'agent individuel comme monde dans le monde. Spontanit sans conscience ni volont, l'habitus ne s'oppose pas moins la ncessit mcanique qu' la libert rflexive, aux choses sans histoire des thories mcanistes qu'aux sujets sans inertie des thories rationalistes.

    [] Principe gnrateur durablement mont d'improvisations rgles, l'habitus comme sens pratique opre la ractivation du sens objectiv dans les institutions: produit du travail d'inculcation et d'appropriation qui est ncessaire pour que ces produits de l'histoire collective que sont les structures objectives parviennent se reproduire sous la forme des dispositions durables et ajustes qui sont la condition de leur fonctionnement, l'habitus, qui se constitue au cours d'une histoire particulire, imposant sa logique particulire l'incorporation, et par qui les agents participent de l'histoire objective dans les institutions, est ce qui permet d'habiter les institutions, de se les approprier pratiquement, et par l de les maintenir en activit, en vie, en vigueur, de les arracher continment l'tat de lettre morte, de langue morte, de faire revivre le sens qui s'y trouve dpos, mais en leur imposant les rvisions et les transformations qui sont la contrepartie et la condition de la ractivation, Mieux, il est ce par quoi l'institution trouve sa pleine ralisation: la vertu de l'incorporation, qui exploite la capacit du corps prendre au srieux la magie perfomative du social, est ce qui fait que le roi, le banquier, le prtre sont la monarchie hrditaire, le capitalisme financier ou l'Eglise faits homme. La proprit s'approprie son propritaire, en s'incarnant sous la forme d'une structure gnratrice de pratiques parfaitement conformes sa logique et ses exigences.

    []La sociologie traite comme identiques tous les individus biologiques qui, tant le produit des mmes conditions objectives, sont dots des mmes habitus : classe de conditions d'existence et de conditionnements identiques ou semblables, la classe sociale (en soi) est insparablement une classe d'individus biologiques dots du mme habitus, comme systme de dispositions commun tous les produits des mmes conditionnements. S'il est exclu que tous les membres de la mme classe (ou mme deux d'entre eux) aient fait les mmes expriences et dans le mme ordre, il est certain que tout membre de la mme classe a des chances plus grandes que n'importe quel membre d'une autre classe de s'tre trouv affront aux situations les plus frquentes pour les membres de cette classe: les structures objectives que la science apprhende sous la forme de probabilits d'accs des biens, des services et des pouvoirs, inculquent, travers les expriences toujours convergentes qui confrent sa physionomie un environnement social, avec ses carrires fermes , ses places inaccessibles ou ses horizons bouchs , cette sorte d'art d'estimer les vrisimilitudes, comme disait Leibniz, cest--dire d'anticiper l'avenir objectif, sens de la ralit ou des ralits qui est sans doute le principe le mieux cach de leur efficacit.

    [] Le poids particulier des expriences primitives rsulte en effet pour l'essentiel du fait que l'habitus tend assurer sa propre constance et sa propre dfense contre le changement travers la slection qu'il opre entre les informations nouvelles, en rejetant, en cas d'exposition fortuite ou force, les informations capables de mettre en question l'information accumule et surtout en dfavorisant l'exposition de telles informations: que l'on pense par exemple l'homogamie comme paradigme de tous les choix par lesquels l'habitus tend favoriser les expriences propres le renforcer (comme le fait empiriquement attest que l'on tend parler de politique avec des personnes de mme opinion). Par le choix systmatique qu'il opre entre les lieux, les vnements, les personnes susceptibles d'tre frquents, l'habitus tend se mettre l'abri des crises et des mises en question critiques en s'assurant un milieu auquel il est aussi pradapt que possible, c'est--dire un univers relativement constant de situations propres renforcer ses dispositions en offrant le march le plus favorable ses produits.


    




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: 01/05/2012

: : Pierre Bourdieu, Lhabitus en sociologie entre objectivisme et subjectivisme    21/2/2015, 8:48 pm

danke
    
 
Pierre Bourdieu, Lhabitus en sociologie entre objectivisme et subjectivisme
          
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